La filière laine, une filière en reconstruction

La filière laine en France est pendant des siècles une filière valorisant une matière noble. Avec l’apparition des matières synthétiques issues de la pétrochimie, elle tombe dans l’oubli. C’est alors toute une filière qui s’éteint. Oui mais, la flamme se ravive, entretenue tout ce temps par des passionné·e·s.

Un bout d’histoire (très courte) de la filière laine française

Il faut remonter à l’antiquité pour trouver les premières utilisations de laine de mouton comme source de fibre textile. La laine constitue à cette époque, la principale ressource de matière naturelle textile devant le lin, le chanvre ou la soie. Et à l’époque, elle est une fibre noble, principalement accessible aux plus privilégiés.

C’est au cours du 13ème siècle que son industrialisation débute dans les Flandres, terres textiles réputées. Des années 1800 aux années 1970, le nord de la France fait partie des piliers mondiaux de la production lainière. Il se partage alors le podium avec l’Angleterre et la Belgique.
En parallèle, une production artisanale trouve également sa place et se développe dans les campagnes. Ce sera le cas jusque dans les années 1950.

Les matières synthétiques issues du pétrole provoquent le déclin de la filière laine française et plus largement de la filière textile du pays.

Et puis, arrive le pétrole et avec lui les matières synthétiques. Le travail de ces dérivés de produits pétroliers permet de fabriquer des tissus plus légers, plus simples d’entretien et moins cher que les tissus fabriqués à base de laine.
La filière textile française de la laine est alors doucement mais sûrement abandonnée.  On ne rénove pas les usines, ni on ne les modernise, faute d’investissements.
L’industrie textile se délocalise, d’abord dans les années 60 au sud de la Méditerranée (Tunisie, Maroc, Turquie) puis en Asie dans les années 80 (Chine, Bangladesh, Vietnam).

Les répercussions sur l’ensemble de la filière laine en France se constatent rapidement. En effet, c’est dans les années 50 que l’élevage des moutons passe d’un élevage lainier à un élevage de production de viande ou parfois de lait de brebis.

Encore aujourd’hui, la tonte du mouton, que l’on tond une à deux fois par an pour son bien être, est un coût pour l’éleveur. La laine, lorsqu’il la vend, ne couvre même pas les frais de tonte (salaire du tondeur notamment). Et dans de nombreux cas, faute de temps, de moyens, de débouchés, la laine est tout simplement jetée.


Malgré tout cela, la filière n’a jamais complètement disparue. Et aujourd’hui, de nombreux·ses porteurs·ses de projets en tout genre redynamisent en ultra-local ou au national la filière laine française.

Une filière en mode renaissance

Alors, plutôt que de parler du presque “oubli” de cette matière géniale, j’ai envie de vous parler positif.
Chaque action, chaque projet compte pour que cette filière connaisse un vrai renouveau. Chaque maillon est indispensable pour rendre cette renaissance plus puissante et pérenne.

On pourrait dire que cela frémit réellement depuis quelques années. Oui, mais ce serait oublier un bon nombre de projets qui se bougent depuis plusieurs décennies, alors non.
Néanmoins, motivé par les nouvelles tendances de consommation (local, circuits-courts, made in France,…) et les prises de consciences écologiques accrues, un élan emportant toute la filière laine semble se confirmer.
Cela vient encourager et rendre visibles et audibles un bon nombre de projets.

Acteurs et actrices de la filière laine en France, projets naissants ou ancestraux, tous réunis autour d’une même mission de valorisation de laine locale.

Dans les années 80, Ardelaine est un des pionniers à reconstruire en ultra-local, en Ardèche, une filière laine complète. J’ai adoré découvrir leur parcours, si inspirant, à travers la lecture du livre retraçant leur histoire : Moutons Rebelles.

Les éleveurs·ses, à la source de la production de la matière première, se sont naturellement regroupés par territoires. Ces associations leur permettent de s’unir, pour ensemble donner une vie à la laine de leurs troupeaux. Ainsi, elles maintiennent les savoir-faire et maitrisent une valorisation de l’ensemble de leur travail.

Une association inter-professionnelle nationale, le collectif Tricolor vient lui aussi, en complémentarité, promouvoir la renaissance de la filière laine. L’association a pour mission d’accompagner les acteurs·rices de la filière pour augmenter la quantité de laine valorisée sur le territoire.

Il existe aussi des projets lainiers des plus poétiques dans l’habillement ou encore l’ameublement : Laines Paysannes, Pyloow, Chandam, Arpin, etc.

Aussi des marques innovantes capitalisent sur les propriétés thermiques de la laine. Cinthia et Élodie ont imaginé le Mouton Givré. Elles fabriquent dans le Lot, des sacs isothermes (en laine, lin et chanvre) pour transporter pique-nique et repas du midi. 

D’autres se positionnent en “fournisseur” de matière. C’est le cas de beaux projets comme celui d’Enora, en Bretagne avec La Ferme à laine (production de nappe cardée, aiguilletée et feutrée). L’entreprise Traille, dans le sud-ouest, produit une ouate isolante en laine locale, pour rembourrer vêtements et autres textiles. 

Ces projets ne seraient possibles en France sans la dernière entreprise du pays de lavage de laine (semi-industriel) : Laurent Laine.
Et puis viennent les tisserands compléter la liste des transformateurs. Ils proposent leur spécialité, leurs techniques et savoir-faire pour répondre aux besoins exprimés. C’est notamment le cas de l’atelier Le Passe-Trame par exemple, qui tisse et foule la laine depuis 1990. 

Enfin, de nombreux·ses artisan·e·s continuent de filer, feutrer, transformer la laine de manière authentique, parfois artistique. Le partage et la transmission de leur passion participent également à rendre la filière bien vivante. 

Chez Lanana, on y croit et on a envie de faire notre part.

Chaque étape du cycle de vie de la laine repose sur des passionné·e·s. Ils oeuvrent chaque jour avec convictions et de part leurs actions à maintenir les savoir-faire et machines en vie.
Et ce, pour que perdurent ces histoires de valorisation de laines locales et que le naturel (re)prenne sa place.

À propos de moi

Camille Haesaert Boutin

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